Le chrisme de Montsaunès






Les ouvrages consacrés aux Templiers, nombreux, beaucoup trop nombreux, paraissent inlassablement se recopiant les uns les autres. Les vidéos aussi se succèdent sur les plateformes en ligne. Des « médiums » font même parler nos valeureux moines et guerriers qui n'auraient d'autres soucis que d'aligner des platitudes sur notre triste époque.

A Montsaunès, haut lieu templier, des générations de visiteurs et de chercheurs patentés sont passées sous le porche de l'église de ce petit village de la Haute-Garonne.
Ailleurs, ce sont les infatigables fouineurs de Rennes-le-Château qui épouillent les restes d'un bien éphémère Prieuré de Sion, création d'un malade mental épris d'ésotérisme et dont on n'aura jamais fini de comprendre les gesticulations.







église de Montsaunès


À environ 75 km au sud-ouest de Toulouse, à l’entrée du village de Montsaunès, se dresse l’église Saint-Christophe. Église, à juste titre, bien connue pour ses superbes fresques datant du XIIIe siècle.
Le territoire de Montsaunès dépendant depuis
XIIe siècle de la principale commanderie templière de la Haute-Garonne. Bien étrangement, il est aussi le siège d’une petite chapelle rectangulaire de 100 m2 dédiée à sainte Matrone. Cette chapelle fut acquise en 1195 par les Templiers car elle était possession de l’abbaye d’Alet !

L’église Saint-Christophe, à cause de cette empreinte templière et de la beauté de son décor intérieur est très visitée. Elle est aussi, on s’en doute, l’objet de multiples écrits et commentaires depuis fort longtemps.

Nous ne nous attacherons ici qu’à évoquer le chrisme qui orne le fronton de son portail occidental. Le voici :







Chrisme de Montsaunès 



Il est intéressant de lire la description qu’en donnent Robert Favreau, Jean Michaud et Bernadette Leplant-Mora dans leur Corpus des inscriptions de la France médiévale consacré aux Chrismes du Sud-Ouest :



Extrait Favreau








Je crois pouvoir vous épargner de multiples recherches déjà effectuées à son propos, en vous disant qu’à ce jour de janvier 2026, vous ne trouverez rien de mieux.

Ainsi donc, historiens et archéologues, initiés et chercheurs indépendants n’ont rien vu d’autre dans ce symbole amplement utilisé et qui, à vrai dire, à un détail près, est bien conforme à tous les autres chrismes du monde.

Oui, mais ce petit détail est essentiel et il est temps que nous l’évoquions car il va changer notre perception de ce chrisme.

Nos trois auteurs précédemment cités, évoquent « la boucle du P surmontée d’un tilde » sans même s’interroger sur la présence de ce tilde.
Qu’est-ce qu’un tilde ?
Nos dictionnaires et l’encyclopédie Wikipédia en ligne nous donnent l’explication suivante :

En français, le tilde, longtemps dénommé « tiltre » ou « titre », a été utilisé comme signe d'abréviation ou pour marquer les sons nasalisés, en lieu et place de la lettre « n » aujourd'hui.

Si nous nous arrêtons à cette seule explication, nous n’irons pas bien loin.

Pour comprendre ce que pourrait nous signifier ce tilde, il est nécessaire de savoir ce que cette abréviation cachait au temps où le chrisme fut gravé.
La réponse va nous être donnée par le Dictionnaire des abréviations latines de Louis-Alphonse Chassant, paru en 1884.

À la lettre P, on comprend qu’un tilde la surmontant signifie Prae.







Prae


N’importe quel bon dictionnaire latin/français nous apprendra ensuite que l’adverbe Prae signifie devant, en avant.
Et tous ceux qui ont connaissance des écrits de Pierre Plantard se souviendront de son Prae-cum dont j’expliquais ici le sens.

Il nous faut maintenant comprendre les différentes significations possible de ce Prae.

Dans les documents médiévaux écrits ou les sceaux, l’abréviation « Prae. » était employée pour le terme praeceptor, commandeur. Probablement pas sur un monument religieux mais très possiblement sur un bâtiment dépendant d’un ordre religieux qui avait placé à sa tête un commandeur.  Deux s’imposent : l’Ordre du Temple (Ordo Pauperum Commilitonum Christi Templique Salomonici) et celui des chevaliers de Malte (Ordo Hospitalis Sancti Ioannis Hierosolymitani).

Mais ici, à Montsaunès, le tilde est au-dessus du chrisme. Quel commandeur ou commanderie pourrait ainsi orgueilleusement se placer ?

Peut-être alors faudrait-il considérer ce Prae comme le signifiant de celui qui vient en avant. Autrement dit saint Jean Baptiste. Le précurseur celui qui « va en avant » pour préparer le chemin. Celui qui est allé « devant la face du Seigneur pour préparer ses voies » et annoncer le salut au peuple d’Israël (Luc 1 : 76-79).
Si cette interprétation est correcte, ce chrisme appartenait indéniablement à l’Ordre de Saint Jean de Jérusalem. Après la suppression de l'ordre du Temple, Montsaunès devint en effet, une des principales commanderies de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem.






Mais cette interprétation est-elle correcte ou se peut-il que je me sois trompé depuis presque le début ?

J'écris « presque » parce que la valeur de ce signe, ignoré jusqu'à ce jour, est indéniable. Et si ce signe voulait nous signifier autre chose ? Si ce signe n'était pas un tilde mais un symbole visuel oublié ? Si l'erreur venait de nos chers "spécialistes" ?

La réponse à cette interrogation, je l'ai trouvée et assez extraordinairement, elle me ramène à l'Ordre de Malte !
Ce symbole existe bien et il figure sur l'un des sceaux de la religion de l'Ordre.








Sceau 1 Sceau 2








Sur ce revers (à gauche) du sceau du Grand Maître des Chevaliers Hospitaliers, Raymond Berenger (1365-74), on peut voir un corps gisant devant un tabernacle.  (1)
Ce corps pourrait être celui d’un patient de l’hôpital de Jérusalem. Mais la personne représentée est manifestement décédée, le sceau pourrait alors symboliser les soins cérémoniels prodigués aux défunts et à leurs âmes plutôt que les soins médicaux aux malades.

Sur l’autre face du sceau figurait le grand maître en prière devant une croix symbolisant la crucifixion, tandis que les lettres alpha et oméga (comme sur notre chrisme) faisaient référence au Jugement dernier.
On peut donc également interpréter le gisant comme le corps du Christ et le tabernacle comme l'église du Saint-Sépulcre. L’un ou l’autre ayant la forme de ce que nous avions pris pour un tilde.

Tout nous ramène donc à un chrisme qui dut probablement être apposé alors que la commanderie générale venait de passer aux mains des chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem soit vers 1313. À moins que ce ne fut bien plus tard lorsque les bâtiments principaux de la commanderie disparurent.

Christian Attard . 20 janvier 2026 . Le transfert initial de ce fichier vers son serveur faisant foi de paternité.


1 - Thomas Andrew Archer, Charles Lethbridge Kingsford — Les croisades ; l'histoire du royaume latin de Jérusalem, p. 175 



Retour vers la Reine